16 décembre 2007
cyber racolage. L’agence suisse de call-girls fournissait la fille et organisait la passe
C
Louer
les services d’une prostituée de luxe comme on commande une parure de
sous-vêtements sur Internet devient de plus en plus courant, et les « agences » spécialisées dans ce genre de prestations se multiplient sur la toile.
Vendredi
dernier, la Brigade de répression du proxénétisme (BRP) de la Direction
interrégionale de la police judiciaire de Marseille a interpellé le
responsable d’une agence basée en Suisse, un proxénète donc, qui venait
relever les compteurs de certaines de ses escort-girl de la région
aixoise et marseillaise.
Une
enquête préliminaire d’un peu plus d’un an, diligentée par le procureur
d’Aix-en-Provence a abouti à ce flagrant délit. L’homme (50 ans) était
au volant d’une très grosse Audi et accompagné de son « assistante », une « superbe Slovaque de 23 ans ». Ils ont, tous les deux, été présentés au TGI d’Aix-en-Provence et mis en examen pour « proxénétisme aggravé » par le juge Colombanie, puis écroués aux Baumettes.
Mensurations, spécialités,
photos et tarifs en ligne
Proxénétisme
aggravé car international. S’il est bien un secteur qui s’adapte vite
aux évolutions technologiques, c’est bien le marché du sexe, ici un
marché mondialisé, aux prestations de services dignes des meilleures
agences de voyage.
Un
site internet hébergé en Suisse - où là-bas la prostitution est
autorisée dans certaines conditions - propose une liste d’une
quarantaine de filles. Mensurations, âge, langues parlées et photos de
la « marchandise » prise par deux photographes pros de l’agence,
allèchent d’abord le client. Un menu détaille les prestations de la
jeune fille et ses spécialités, les tarifs sont affichés, ne reste qu’à
la réserver par mail ou par téléphone. L’agence s’occupe de tout. Les
filles tournent en permanence d’une grande ville européenne à l’autre,
suivant le carnet de commandes. Le site informe aussi en temps réel la
présence de l’une d’entre elle dans telle ou telle région, une
newsletter tient au courant le client fidèle, qui peut laisser des
commentaires sur la qualité des prestations reçues. Rapidité,
interactivité : du pur e-business.
2 000 euros par jour et par fille
Mais un business pas moins illégal pour autant. « Chaque fille rapporte en moyenne 2 000 euros par jour »,
explique un enquêteur. La moitié pour elle, l’autre moitié pour
l’agence qui gagne environ 15 000 euros par jour (auxquels se
soustraient les frais d’avions et d’établissement de luxe où ont lieu
les passes).
La clientèle est « huppée » ; à 260 euros de l’heure et 1 300 euros les 12 heures, le client est trié par le portefeuille.
«
Les filles sont pour la plupart des étudiantes de bon niveau, de toutes
les nationalités, sélectionnées au physique via le bouche à oreille,
qui ne sont pas contraintes et qui ne se considèrent pas comme des
prostituées », explique un enquêteur.
L’organisation
sans faille de ce réseau de proxénétisme permet à ses proxénètes de
particulièrement bien le verrouiller. Aucune passe ne leur échappe,
puisqu’ils les organisent toutes.
Cette
première pour la DIPJ de Marseille, pousse les enquêteurs à réfléchir
aux moyens de lutte contre cette nouvelle forme de prostitution. Outre
l’amélioration déjà enclenchée des moyens technologiques à la
disposition de services spécialisés, « la coopération internationale reste le passage obligé pour lutter contre ce nouveau type de réseau », considère le chef de la BRP de Marseille.
Mais
cela reste assez compliqué au vu des législations particulièrement
souples sur la prostitution de certains pays où sont évidemment
domiciliées ces agences.
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